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La stratégie climatique internationale de l’Union européenne

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Dans un contexte marqué par le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, l’Union européenne (UE) s’est positionnée comme candidate naturelle pour incarner un leadership climatique alternatif. Quelle est la stratégie de l’UE à l’égard des questions climatiques ?

Le « leading by example » : la politique climatique interne comme levier d’influence externe

Affiche de slogan sur le changement climatique
Affiche de slogan sur le changement climatique.

La stratégie climatique internationale de l’Union européenne repose sur un principe central : montrer l’exemple. L’idée est que l’adoption de politiques climatiques ambitieuses en interne confère à l’UE une crédibilité et une autorité morale dans les négociations multilatérales.

Cette ambition se traduit d’abord par le Pacte vert européen, lancé en 2019, qui fixe l’objectif de neutralité climatique du continent d’ici 2050. Parmi les instruments les plus concrets figure le Système d’échange de quotas d’émission (SEQE). C’est le plus grand marché carbone au monde, qui impose un plafond d’émissions aux secteurs industriels et énergétiques tout en créant une incitation économique à décarboner. Les émissions des secteurs couverts par ce mécanisme ont diminué de près de 47 % depuis 2005.

Au-delà de ses frontières, l’UE s’engage activement dans les négociations climatiques internationales. Elle a notamment joué un rôle moteur dans la conclusion de l’Accord de Paris. Elle a notamment animé la High Ambition Coalition, une coalition regroupant pays développés et États insulaires vulnérables. Cela a pesé en faveur de l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5 °C.

Sur le plan financier, l’UE, ses États membres et la Banque européenne d’investissement constituent le premier contributeur mondial de financement climatique public, avec 31,7 milliards d’euros mobilisés en 2024. À titre de comparaison, les États-Unis avaient contribué à hauteur de 11 milliards de dollars et la Chine à 3 milliards d’euros en 2024. Le soutien de l’UE à la finance climatique vise à aider les pays les plus vulnérables à atténuer les effets du changement climatique. Enfin, ce soutien permet également de renforcer l’influence normative de l’UE auprès de ses partenaires.

Le leadership de l’Union européenne sous tension

Si l’Union européenne s’affirme comme championne de l’action climatique mondiale, ce leadership n’est pas exempt de contradictions. En interne, la crédibilité européenne est régulièrement mise à l’épreuve par des tensions entre ambition climatique et intérêts économiques nationaux.

Plusieurs États membres continuent de subventionner les énergies fossiles. Aussi, des dérogations ont été accordées lors des négociations sur certains volets du Pacte vert, notamment sur les normes d’émission pour les véhicules ou la réforme de la politique agricole commune. L’Agence européenne pour l’environnement estimait ces subventions à 111 milliards d’euros en 2023. Ces compromis internes fragilisent le message que l’UE cherche à porter sur la scène internationale.

Sur le plan géopolitique, le contexte est également plus complexe qu’il n’y paraît. Le retrait américain a surtout redistribué les cartes en faveur de la Chine. La Chine dispose d’un poids croissant dans les négociations climatiques et domine désormais les chaînes de valeur des technologies vertes. L’UE se retrouve ainsi dans une position ambivalente : concurrente de Pékin sur le terrain industriel, tout en cherchant à maintenir une coopération sur le climat.

Enfin, si l’UE est le premier bailleur de financement climatique, les pays en développement jugent souvent que les efforts mondiaux semblent insuffisants au regard de l’ampleur des besoins. Aussi, certaines mesures, comme le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), sont perçues comme une forme de protectionnisme déguisé, plutôt que comme un instrument de solidarité climatique, au risque de fragiliser les coalitions multilatérales que l’UE cherche précisément à construire.

Dans un contexte de multiplication des conflits armés et de réarmement généralisé, les questions climatiques risquent de se retrouver reléguées au second plan, au profit des dépenses de défense et de sécurité. L’UE parviendra-t-elle à maintenir son ambition climatique comme pilier central de son action internationale ?

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Matthias Rétel

Diplomé de King's College London en Relations Internationales et de Science Po Grenoble en Études européennes, Matthias Rétel fait actuellement une thèse sur l'environnementalisation des pratiques de sécurité au sein de la politique étrangère de l'Union européenne à l'UC Louvain.

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